8 pages blanches, pas une de plus #1
8 pages blanches… toutes blanches… 8 pages… pas une de plus, j’ai promis ! 8 pages blacnhes et au bout un journal interne !
Au boulot ! D’abord faire connaître le projet. Quand je suis arrivée dans Notre Entreprise Moderne, je me suis sentie comme l’extraterrestre de la maison, la seule à ne pas monter au pylône, à ne pas connecter, azimuter, tilter… Alors mieux valait les prévenir qu’E.T. allait se promener dans les allées avec son 16’’ avant de « rentrer maison ».
Direction le tableau d’affichage. Tiens, pas de baby-sitting, même pas une voiture à vendre, pas de tournois de belote ni d’association à soutenir… Une note jaunie annonçant l’ouverture de l’agence de Marseille (vous savez ? la maison d’E.T. !), l’élection du Délégué du personnel, deux mots du DRH, le mode d’emploi des nouveaux badges… et maintenant, mon annonce sur la collaboration participative et collective au journal de l’entreprise… une nouvelle approche… pourvu qu’elle accroche…
Premier jour, bannette vide, messagerie muette… Me rapprocher du fax… Deuxième jour… Troisième jour… Quatr… Me rapprocher de la machine à café… Ecouter, parler, noter et passer au déca.
- Comment ça, vous recherchez un Rédacteur en Chef ? différent chaque mois ?
- Et un titre ? des idées ?
- Mais on fait pas de la Comm nous !! On visse, on dévisse, on revisse… on dit des gros mots, on fait des fautes… on joue au rugby, on fait du tuning…
- Ok Ok Ok… Vous faites du rugby ?
- Oui et je suis le Président du club !
- Et vous n’avez pas envie de partager votre passion, de faire connaître votre club ??
- Euh… Ouais, ça serait bien
- Et moi je donne des cours de piano, tu crois que…
- Et moi…
Excellent ! Cinquième jour, installer mon poste près de la machine à café, le doigt sur la touche déca… Pas franchement l’impression de travailler… Premières propositions de titres avec l’inévitable « la gazette » suivie de très près par « notre newsletter ». Mouais… Puis « les nouv’ » « Le p’tit canard de Notre Entreprise Moderne » « notre canard » « notre équipe » « la mêlée des infos » « première ligne » « troisième mi-temps » « pylône info » « une équipe, une entreprise, un canard » « l’info en continu » « le JT » (pour Journal Télécom) … Ben voilà !!
Vous voulez que je vous dise ? Notre Entreprise Moderne possède un « esprit », un « caractère » et des valeurs qui lui sont propres et surtout elle est emprunte de sa culture du sud ouest ! Une trentaine de propositions avec le mot « canard » (confit à midi, en bichromie tous les mois) ! Une autre trentaine avec les expressions du rugby et des titres en Occitan… Mais surtout… ça fait du bien d’entendre « notre » ! Notre journal, Notre Entreprise, Notre équipe… Notre extraterrestre !
à suivre…
Histoire d’une plaquette
Cela faisait quelques jours que la mer était calme, que les nuages assombrissaient l’horizon… Le téléphone ne tintait plus guère, le fax ne grinçait plus, les soupires avaient remplacés les rires, les couloirs étaient silencieux…. Tout juste si l’on entendait un stylo tomber, une page tourner, un chuchotement flotter…
Nous venions de perdre notre PDG, le père de certains, le frère d’autres… L’entreprise familiale n’avait jamais aussi bien porté son qualificatif, nous venions de perdre un membre de notre famille. Il avait porté son entreprise pendant 25 ans et passait le relais à son fils bien tristement.
Quelques semaines plus tard, les rennes dans une main, les soucis dans l’autre, notre nouveau PDG menait sa barque sur une mer toujours très calme… Et comme une catastrophe n’arrive jamais seule, voilà que nous apprenions le non renouvellement de notre référencement. Nous étions pourtant confiants, 15 ans d’ancienneté, une réputation sérieuse, un travail de qualité, un sens du service inné, des prix toujours égaux… Alors pourquoi ?
Premier constat : la perte de notre plus gros client, premier opérateur national, entraînera une perte considérable du chiffre d’affaires. Il fallait donc combler cette activité par une autre, si possible dans un créneau où l’on ne nous attend pas.
Quelques jours de réflexion en amènent d’autres…
Deuxième constat : les attributions d’appels d’offres se font de plus en plus rares, les silences des deux autres opérateurs entre deux appels sont de plus en plus longs, les chantiers n’occupent plus que la moitié de nos équipes, les bureaux sont trop bien rangés, les voitures et les grues trop bien garées…
Réunion au sommet. Solutions ? J’ose l’évidence…
Une entreprise, quelle qu’elle soit, et qui plus est quand elle est familiale, se remet souvent difficilement de certains évènements comme le décès d’un patron, fondateur de surcroît, qui est un coup dur personnel mais aussi professionnel. Le regard des autres acteurs de la profession a changé et on ne peut éviter les jugements et les méfiances.
Pourquoi avons-nous perdu notre plus gros client ? Parce qu’il doutait de la continuité de notre activité après un tel coup dur. Parce qu’il était persuadé que toute l’entreprise reposait sur les seules épaules du PDG. Parce qu’il ne connaissait pas le fiston et que l’on a pas été capable de le rassurer.
Pourquoi avons-nous perdu les autres clients ? Pour les mêmes raisons avec en plus le fléau de la rumeur… Nous venons de perdre notre PDG, deux mois après nous perdons notre référencement… Nous serons bientôt à vendre… et une place de libre et une ! La rumeur est méchante, sournoise, elle colle et s’encolle, elle détruit en une journée ce que l’on a bâti en 25 ans…
Il faut donc rassurer les clients, leur dire que l’entreprise continue de fonctionner, garde la même politique commerciale, les mêmes prérogatives, le même savoir faire, les mêmes équipes… Nous avons un an avant le prochain référencement et quelques semaines pour rétablir la situation.
Ma proposition ? Restauration rapide du système avant perte définitive des données… Activation du pare feu… Stop à la communication par soupirs, Stop à la communication conjuguée à l’imparfait… Communiquer et rassurer pour redonner confiance.
Et c’est ainsi que cette plaquette (triptyque) est née dans ses moindres détails :
La couleur d’abord, choisie pour être rassurante : les dégradés et les camaïeux doux de l’aube synonyme de nouveau jour, nouveau départ.
La photo de la 1ère de Couv, choisie pour son élan vers le ciel, vers l’avenir, et pour le mouvement de la traînée blanche laissée par un avion qui lui insuffle un air de liberté, de légèreté.
Ensuite, l’arrière plan du triptyque, choisi pour sa symbolique : un plateau des Pyrénées, pour nos racines et nos valeurs, pour cette sensation de bien être et d’apaisement que la photo procure.
En restant sur l’idée de traces laissées par l’avion, des lignes en pointillé courent d’une image à l’autre, d’une page à l’autre, donnant de la dynamique et symbolisant le lien si important dans notre entreprise. Ces lignes ont été pensées également en perspective de l’animation du site Internet.
Bien entendu, cette plaquette ne sera qu’un des paramètres de notre nouveau départ. L’énergie, la solidarité, la volonté, la foi et le travail de chacun de nous feront que l’objectif sera atteint un an plus tard avec le ré-attribution de notre référencement et plus encore… Pari gagné !
Premier contact, première impression #client
Une Holding, 2 usines, 3 agences, 170 personnes, 20 ans d’existence, autant d’expérience.
Le client (important le client ! un gros client… Il nous le faut, on sort l’artillerie lourde ! Tout le monde sur le pont !!), le client donc est séduit par le devis qu’il vient de recevoir par Fax (pas par mail, déplore-t-il, par Fax… Ahrr ! zut plus d’encre… normal, il ne sert plus guère ce Fax !). Mais pour un tel contrat, une recherche un peu plus poussée sur cette société (trouvée par hasard sur PagesJaunes.fr) est nécessaire.
Premier réflexe : Internet/Google «http://notre-entreprise-moderne.com » Première sentence : « page not found »
Premier contact : appel au standard (whoua ! le combiné crache un vieux tube de musique classique, LA musique d’attente par excellence , standard, affreuse, vieillotte et en plus, usée jusqu’à la corde…)
- Bonjour, pourriez-vous me communiquer le nom de votre site Internet ?
- Nous n’en avons pas, Monsieur, mais, si vous voulez, je peux vous envoyer notre catalogue ? Ou peut-être souhaitez-vous la visite de notre commercial ?
Pas de site Internet ?!? On aurait pu croire qu’une entreprise, qui plus est dans le domaine de la téléphonie mobile (téléphonie mobile = télécommunication, et dans télécommunication il y a communication…) se dote des dernières technologies… Comment même imaginer qu’il reste encore des sociétés qui n’ont pas leur site Internet en 2008 ? Dans cette entreprise on fait encore les opérations bancaires sur Minitel et le tandem Minitel/Fax n’a toujours pas été remplacé par le binôme Internet/Mail !!
Deuxième contact : le commercial est sympathique, il connaît bien son boulot, il est à la fois technique et négociateur. C’est toujours ça ! Au moment de se quitter, échange des cartes de visites. Oups !
- Vous me prêtez votre stylo ? Le numéro sur ma carte n’est plus le bon et il n’y a pas mon adresse mail directe, je vais vous l’inscrire au dos
- Vous venez de déménager ?
- Non, non, cela fait déjà quelques mois…
Carte de visite obsolète, raturée, gribouillée sur un coin de table. Le client commence à douter… S’il pouvait avoir un catalogue, une plaquette de présentation ou un CDRom ?
- Euh… Oui… Alors, le catalogue, je vais vous laisser la version 2002, la Société s’appelait « les Artisans Modernes » à l’époque, on a été racheté depuis, alors ne tenez pas compte du logo. Il manque les nouveaux produits, on est en train de faire un mémo, les prix ne sont plus d’actualité, mais si c’est juste pour avoir une vue globale…. La plaquette de la société ? On n’en a jamais eu besoin… Un CDRom ? Tiens, c’est une bonne idée ça ! Je vais la soumettre à la Direction !
Un catalogue vieux de six ans et toujours à l’effigie de l’ancienne entité, une carte de visite avec un mauvais numéro, pas de plaquette commerciale… Triste portrait.
Finalement, le client a pris peur et a confié son projet à une autre entreprise trouvée sur… Internet ! Et combien d’autres en ont fait, ou en feront, de même ?
Epilogue :
- Tu vas au mariage de Mireille samedi ?
- Mireille se marie ? Mais comment tu le sais ?
- Elle me l’a dit, je pensais que tu étais au courant comme vos bureaux sont en face…
Plus probant :
- Super ! j’ai vendu le produit 1012, le client en veut 30 pour le mois prochain !
- Mais tu n’es pas au courant ? Cette référence a été retirée du catalogue le mois dernier et elle n’est pas remplacée.
- Et personne ne me l’a dit ?
Quand la communication ne passe pas au sein même de l’Entreprise comment voulez-vous qu’elle passe VERS l’extérieur ?
